KikouBlog de philtraverses - Février 2011
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Nature humaine acte 1

Par philtraverses - 19-02-2011 13:35:36 - 4 commentaires

 

Ils étaient deux amis, comme deux frères, Inséparables.Il n'existait pas de plus belle amitié que la leur. Ils avaient fait les 400 coups ensemble. Leur amitié était citée en exemple. En les regardant jouer ensemble leurs parents riaient d'aise. Dans la cour de récréation, quand l'un était attaqué, l'autre le défendait aussitôt. Ils se racontaient des histoires, changeaient le monde à leur façon. Deux ados bien dans leur peau. Ils aimaient les mêmes filles. Ils s'aimaient. Ils passaient des soirées entières à rire ensemble à se moquer de tout.

Peu à peu, sans qu'ils aient bien compris pourquoi, le monde avait changé autour d'eux. sans qu'ils sachent pourquoi leurs parents ne se parlaient plus. Une invisible frontière séparait à présent leurs familles. Quand ils rentraient chez eux, après avoir passé la journée ensemble, leurs parents, assis autour de la table familiale, baissaient les yeux, arrêtaient de parler, détournaient le regard. Parfois leurs pères leur demandaient de ne plus se voir. En vain. Ils se disputaient avec leurs parents. Continuaient envers et contre tout à se voir en cachette.

Mais le temps cruel passait et la nature reprenait le dessus.

Ils hésitaient maintenant à se voir. On leur avait dit qu'ils étaient différents, sans leur expliquer pourquoi. Ils ne savaient pas quelle était leur différence. Ils avaient beau se regarder ensemble dans la glace, ils n'en voyaient pas. Ils avaient toujours l'impression d'être des doubles. Ce n'était pas la religion, ce n'était pas la couleur de peau.. Ils avaient beau questionner leurs parents, ils n'obtenaient pas les réponses souhaitées.

Mais le temps cruel passait et la nature reprenait le dessus.

"Mais enfin qu'avons nous que nos voisins n'ont pas pas". Un silence gêné leur répondait toujours. Alors ils en ont eu assez de se poser des questions. Et puis ils ont fini peu à peu par moins se voir par se perdre de vue. insidieusement, sous divers prétextes. Quand ils se voyaient ils étaient gênés, parfois changeaient de trottoir.

Et puis,un matin, quand ils se sont réveillés il y avait la guerre. Des gens couraient dans tous les sens. Très vite ils ont compris que leurs familles n'étaient pas dans le même camp. Seul un mur séparait leurs maisons. Ce mur qu'ils sautaient autrefois pour se rejoindre en cachette était à présent hérissé de tessons de bouteilles et de barbelés et surmonté par un mirador. On leur a dit que c'était une guerre juste, pour la bonne cause. Ils ne savaient pas quelle était cette cause.

On leur parlait de justice, de liberté. Ils ne voyaient que des femmes violées, les femmes de l'autre camp par des soudards. Ils avaient fini par croire que ces viols étaient juste, opinion partagée par leur famille et leur entourage qui ne voyaient plus en ces êtres des femmes. On violait au nom de la liberté et de la justice.

Au début les cadavres des femmes et des enfants , que les services de la croix rouge peinaient à ramasser lorsque les tirs s'arrêtaient, les avaient gênés. Puis ils s'y étaient fait. Comme ils s'étaient habitués à raser les murs pour échapper aux balles des snipers qui tiraient des appartements des tours dominant la ville. Après tout ce qui caractérise l'homme c'est bien sa faculté d'adaptation.

Cette faculté qui évite de penser et de se révolter..

Ils ne savaient pourquoi. Mais ils ont demandé à faire cette guerre. A présent, hagards, abrutis de fatigue, ils erraient dans les rues, tirant sur ce tout qui bougeait. Ils cherchaient quelque chose. Ils ne savaient quoi. Moins ils savaient pourquoi ils se battaient, plus ils se battaient.

On est plus combatif quand les choses n'ont plus aucun sens..

Soudain il a vu son ami devant lui, blessé, dans la rue, en face de lui. Et il a compris qu'il avait fait cette guerre pour tuer son ami. Comment avait il pu être l'ami de cet être qui n'était pas une personne et qui,pourtant, avait baissé son arme en le reconnaissant. En le regardant il ne voyait plus rien d'humain en lui. C'était un animal crasseux qui sentait mauvais.

Il en voulait à son ami d'avoir été son ami. Dans une autre vie..

Quand il a pointé son arme sur son ami, à présent son ennemi mortel, il a vu dans ses yeux le questionnement. Pourquoi, pourquoi ?. Il ne savait pas. Il a haï son ami de lui poser cette question.

La Haine était à présent trop forte. Alors il a regardé dans les yeux de son ennemi et il a dit comme dans un rêve " Parce que tu es comme moi et qu'il ne peut y en avoir qu'un comme moi". Et il a vu son ami mourir de sa main.

Cette histoire est réelle car elle s'est passé jadis, dans les balkans ou ailleurs .. 

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