KikouBlog de philtraverses - Décembre 2010
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souvenirs de guyane

Par philtraverses - 30-12-2010 18:35:16 - 5 commentaires

je ressors les vielles photos de leur boite. Elles sont laides, palies. Les annotations faites au stylo bille ont traversé le papier et bavent. J'essaie de me remémorer dans les détails ce voyage. Avec difficulté les souvenirs reviennent.

j'avais 19 ans. C'était la fin des années 70. La guyane..

D'abord c'était pour moi l'aventure de Raymond Maufrais qui avait bercée mon enfance. Enfant, dès l'age de 12 ans,je me nourrissais de l'aventure de Raymond MAUFRAIS, parti seul et disparu à jamais dans la jungle de Guyane, laissant place aux hypothèses et aux rumeurs les plus folles. C'était un jeune explorateur toulonnais. Son corps n'a jamais été retrouvé.

La guyane c'était aussi un livre de robert jaulin " la paix blanche" qui décrivait la destruction des peuplades d'amazonie par la civilisation occidentale. A l'époque je mettais les guillemets à civilisation. Notre "civilisation" avait couché ces peuplades dans le linceuil du progrès.. Je me souviens des disputes mémorables avec mon père à ce sujet. Je haïssais alors le monde occidental pour toutes les destructions qu'il a perpétrées au nom du progrès, celles des indiens entre autres, et me haïssais en tant qu'occidental.Dommages colatéraux et nécessaires diront certains.

Aujourd'hui les photos sont là, étalées. Elles me parlent de ce voyage.

Mon père connaissait le procureur de Cayenne. Des gendarmes devaient procéder à l'arrestation d'un criminel qui se trouvait dans un camp de chercheur d'or, non loin du village de Saint Elie,situé en pleine guyane. Nous avons alors profité du transport, bien loin des circuits organisés par les voyagistes.

A l'époque, avant la construction du barrage de petit saut, il existait un chemin, qui suivait une ancienne voie ferrée qui desservait un camp de chercheurs d'or. Le projet était de remonter sur plus de 30kms cette voie ferrée qui démarrait à partir de "gare tigre", hameau situé sur le sinnamary.

J'entends encore le bruit du moteur de la pirogue qui démarre et qui doit nous amener au départ de la voie ferrée. Nous somme 9: deux gendarmes, mes parents, moi, un couple et un journaliste de fr3 qui doit faire un reportage sur les chercheurs d'or.

On les appelle les orpailleurs. Beaucoup sont des clandestins qui exploitent des mines sans autorisation. http://www.franceguyane.fr/actualite/faitsdivers/orpaillage-illegal-les-commercants-de-saint-elie-a-la-barre-18-05-2010-59410.php

Dans la chaleur étouffante de la jungle mes pensées s'évaporent. Le bruit du moteur déchire l'air et couvre les bruits assourdissants de la jungle.


la jungle est vivante. On entend les bruits des singes hurleurs. Plus loin un jaguar solitaire se met à rugir. L'avant de la pirogue, propulsée par le moteur puissant,fend les eaux brunatres du sinnamary qui charrie le limon précieux. J'essaie à travers le rideau végétal de repérer des présences humaines.

 

Finalement nous arrivons à Gare tigre. Nous allons passer la nuit au bord du fleuve dans un carbet, en plein air. 

Je ne suis pas habitué à dormir dans un hamac. Je passe la nuit à essayer de trouver la position adéquate. La nuit est donc courte

Le lendemain nous partons sur le sentier, accompagnés par un guide, un boni. Les bonis sont des Descendants d’esclaves évadés.

La progression le long de la voie ferrée est facile. Il parait qu'il faut faire attention. Il y a des serpents venimeux et des mygales. Il faut donc faire du bruit pour les faire fuir et ne pas les surprendre. Je suis enthousiaste. Je voudrais marcher plus vite. Très vite je distance le groupe. Parfois il faut passer au dessus de ravins enjambés par la voie ferrée, sur les traverses vermoulues.

 

Il me faut environ 3 heures pour atteindre le camp des chercheurs d'or. Personne ne me prête attention. La forêt est ravagée polluée. On connait les méfaits de l'orpaillage. Les chercheurs d'or utilisent du mercure. Le mercure des orpailleurs est utilisé pour agglomérer les petites particules d'or. L'eau est contaminée nuisant aux populations amérindiennes.

 

J'observe ces hommes, de loin. Ils sont rudes, sans foi ni loi. Parmi eux de vrais aventuriers. Il m'est interdit de me mêler à eux. La moitié sont des clandestins. Il y a des belges , des russes, toutes les nationalités..

 

 

Le principal danger dans la forêt guyanaise ce n'est ni le jaguar, ni le serpent, mais l'homme. La guyane est une des régions du monde ou les crimes sont les plus nombreux au km². Je ne parle que des crimes connus. La vie humaine n'a guere d'importance ici. Surtout pas pour beaucoup de ces chercheurs d'or. Pas tous.  Une fois par semaine des prostituées du surinam ou du Brésil arrivent en hélicoptère..

 

Je préfère observer la forêt. Elle est vie profuse, féconde. La forêt m'enseigne que la vie est un combat permanent, une lutte, que la guerre est la règle, la paix l'exception, presque un accident.J'observe tout un après midi une mygale dévorer un petit rongeur. Je ne trouve pas cela plus cruel que le jeu social ou les plus faibles sont mangés de l'intérieur par les forts et n'ont droit qu'aux miettes..

 

 

Nous restons ici deux jours, le temps de la garde à vue du criminel que les gendarmes ont pu arrêter et qui repartira en hélico.

Pour le retour le guide boni me propose de prendre les raccourcis pour rejoindre Gare tigre. Nous partons en courant à travers la forêt. La végétation me griffe, les branches d'arbre me giflent. Il nous faut à peine un peu plus de 2 heures pour rejoindre gare tigre. Je me sens si proche de ce boni. Sans nous parler nous nous comprenons. Je passe l'après midi à attendre mes parents. Je suis bien ici, dans cette moiteur qui m'enveloppe.

Il est tard maintenant. les photos tombent de mes mains. Le temps a passé. Plus de trente ans. Mes rêves d'alors me reviennent, un peu comme un reproche, celui d'avoir choisi la sécurité au lieu de la liberté..

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maladie honteuse

Par philtraverses - 22-12-2010 19:00:19 - 6 commentaires

Aimer la solitude n'est pas une maladie honteuse. Cette phrase,
qu'il avait cru lire dans un magazine tv à grande diffusion, trottait dans sa tête..

Ce n'est pas qu'il n'aimait pas les autres.
bien au contraire . simplement il était trop exigeant.


Aimer la solitude est une maladie ..
C'est ce qu'on lui avait seriné toute son enfance. Et encore maintenant.
Lui il aimait rester dans la salle de classe, au chaud
entouré de l'odeur des encriers et des cahiers neufs, assis devant son pupitre,jetant un coup d'oeil à la maitresse aux belles boucles blondes.
Celle ci l'obligeait pourtant à aller jouer dehors. Il fallait bien s'intégrer.

Bien sur au début les autres avaient voulu qu'il joue au foot avec eux.
Mais lui avait toujours trouvé des prétextes pour ne pas toujours jouer.
Alors les autres avaient fini par se détourner de lui.
ils avaient pensé qu'il les méprisait. Réflexe bien humain.
Les amis d'autrefois étaient devenus des ennemis et se moquaient maintenant de lui dans la cour de récré.

La maitresse avait fini par convoquer ses parents. "Bizarre votre fils il est toujours seul".
On lui avait fait passer des tests psychologiques pour en avoir le coeur net.
Au grand désappointement des pédaguogues, diafoirus des temps modernes, il n'était pas débile.  
On l'avait rangé dans la catégorie des asociaux .
Il fallait bien le ranger dans une catégorie.

Plus tard il y a eu l'adolescence. Mal vécue bien sur.
On ne voyait partout que des gens extravertis, des filles qui jouaient à être libérées,qui ouvraient grand la bouche en toutes occasions en riant
laissant apparaitre le fond de leur gorge
et leurs plombages et leur luette qui vibrait.
Il avait peur qu'elles dégueulent tellement elles ouvraient grand leur bouche.
Elles se donnaient un air émancipé la clope au bec.
Soutenaient le regard des mecs, d'un air provoquant.
C'était un crime que de passer pour un coincé du cul.
Comme tout le monde il avait fallu se mettre au porno
et dire qu'on allait voir les putes..même si c'était faux

et s'inventer des histoires de fesse.

Partout ca rigolait, on s'éclatait. C'était des baisers francs,
des embrassades, de longues discussions sur les parkings à
la sortie des boites de nuit, ou chacun tardait à se séparer.
c'était la pub qui était descendue dans la rue.
Il fallait communiquer.
Les phéromones flottaient dans les salles de classe, perturbant l'attention,
empêchant de suivre les cours de maths.   

Plus tard pourtant, contrairement à ce que ses profs bien intentionnés prophétisaient, il avait relativement réussi professionnellement en passant un concours.
C'était sa seule chance. Il n'aurait passé aucun entretien d'embauche.
Les recruteurs, à l'image de la société, n'aiment pas les introvertis.  
S'il n'y avait pas eu les concours et les examens il aurait fini balayeur sans nul doute. Il n'y a pas de sot métier c'est sur.
La réussite sociale est réservée aux extravertis.
A part les artistes et écrivains, ça va de soi.

Un bémol : Il n'avait pas eu les promotions escomptés malgré son travail acharné.
Il est vrai qu'il préférait rester seul dans son bureau,
au lieu de discuter une bonne demi heure devant la machine à café,
ou le président se trouvait la plupart du temps à prendre le pouls de ses troupes.
Son gout pour la solitude avait été rapidement pris pour une forme de mépris.
On le disait hautain, secret, asocial, donc pas fiable.  
Nul doute que s'il communiquait si peu c'est qu'il avait quelque chose à cacher..
On l'avait oublié, enterré.  

Mais jamais personne n'avait pu lui faire intégrer l'idée
que le gout de la solitude est une maladie, pire que le sida.


Il continuait à marcher droit dans la rue  en regardant droit devant lui.
Holywood chewing gum et la secte des extravertis n'avaient pas gagné.

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les intermittents du rmi

Par philtraverses - 18-12-2010 12:28:00 - 1 commentaire

Voici un livre de sociologie réjouissant écrit par une ancienne amie . "Les intermittents du rmi".

Qu'elle me pardonne si je fais un peu de pub pour son bouquin. d'autant que mes tentatives pour renouer le contact avec elle ont été vaines jusqu'ici.

Mais qu'est ce que c'est "les intermittents du rmi", ce nouvel objet d'étude pour les sociologues?.

Une catégorie de population méconnue, peu étudiée. Pourtant plus répandue qu'on ne croit. Qui va de boulot en rmi et de rmi en boulot Or qui sont ces intermittents du rmi je cite :

"Au coeur de leurs modes de vie en alternance entre emplois alimentaires, périodes de chômage converties en temps actifs (pour créer des sociétés, faire des études, inventer des métiers, se produire dans le champ artistique) vibre le désir de ces personnes de se réaliser. Onze traits saillants esquissent un nouveau portrait du précaire qui diffère des portraits classiques de la sociologie sur les chômeurs, exclus considérés comme victimesinemployables souffrant de leurs conditions ou à l'inverse, personnes en quête d'une vie hors travail. Onze traits qui sont autant de lignes de haute tension. L'alternance est un système qui use d'autant plus que ces personnes ont engagé leur vie depuis dix, quinze ans dans ces activités vocationnelles. Même si l'avenir est incertain, elles persistent, manière de signifier en acte qu'il serait vain de convertir leurs activités de travail en bénévolat, en loisir. "

Cette thèse met surtout en évidence, en dehors des parcours classiques des rmistes, alternant petits bolots et rsa, l’émergence de plusieurs sous-groupes d’ « intermittents du RMI":

"les créateurs d’entreprises" auxquels les crédits font défaut et les artistes « concrets » qui alternent des périodes de travail « alimentaire » et des périodes de RMI durant lesquelles ils créent. Certaines personnes interrompent volontairement leur emploi pour créer leur activité ou font le choix du RMI ou du RSA pour se dédier à une occupation « vocationnelle "

Ainsi en définitive le rmi devenu rsa est détourné de son but.

Il apparait donc qu'à côté de la pauvreté subie et destructrice, qui est majoritaire, émergerait une forme de pauvreté choisie, pour se consacrer à créer, faire ce qu'on aime, réaliser sa vocation.

A coté des personnes qui choisissent la sécurité d'un parcours professionnel linéaire suivi tout au long de sa vie professionnelle, modèle qui tend à disparaitre,(http://www.educationpopulaire93.fr/IMG/pdf R._CASTEL_Maquette_finale_10-03-10.pdf),

il existe des personnes qui choisissent de véritablement se réaliser et abandonnent volontairement un travail, certes sécurisant sur un plan matériel, mais dans lequel elles s'oublient et se perdent, pour, enfin, créer.

Je ne saurais donc trop vous conseiller la lecture de ce livre revigorant, pour les amateurs de bonne sociologie, qui montre qu'il existe d'autres façons de se réaliser et trouver sa place en société .

Certains, c'est sur, déploreront que les soutiers du métro boulot dodo paient pour ceux qui s'éclatent ..

A chacun de se faire son idée



 

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tous experts

Par philtraverses - 03-12-2010 19:08:02 - 3 commentaires

A l'heure ou tous frais sortis de l'école de brillants enarques
rivalisent de théories économiques, enjolivées par des équations
néo mathématiques, qui essaient de poser en théorèmes et de compliquer à souhait, ce qui pourrait être dit simplement.

Ah l'identité de Slutsky et l'effet de substitution de Hicks..
qui donne une mini érection aux étudiants de science éco rien que d'en parler..
 
histoire de masquer la vérité, qui est leur ignorance à penser simplement
la complexité de l'économie et du monde d'aujourd'hui ..

Ah ces fameuses équations de comportement, posées par ces surdoués au qi supérieur à 140, qui pourtant n'ont pas su voir venir la crise des subprimes dont pourtant mon épicier du coin me parlait tous les matins.

A force de raisonner en autistes dans leur tour d'ivoire
et d'essayer de donner une forme mathématique à leur raisonnement ils avaient perdu de vue les réalités.

A l'heure ou toutes les formules sophistiquées ne sont d'aucune utilité
pour faire face à la dévastation provoquée par la spéculation et ou nous payons pour renflouer des banques et ou notre argent servira à payer des traders qui jouent à nos dépens. 
 
A l'heure ou toutes ces équations ne permettent pas aux plus brillants mathématiciens de trouver une solution au problème simple que pose le chomeur ou le sdf du coin:

Comment trouver à manger et avoir un toit..

Toutes ces années d'étude pour si peu, pour être aussi impuissant
et ne pas trouver de solution , c'est la montagne qui accouche d'une souris,
le cerveau qui toune à vide ..   

A l'heure ou dans un débat télévisé, 10 économistes, tous aussi bardés de diplomes et tous aussi compétents donnent un diagnostic différent sur le monde,

ou un tel dit que nous sortons de la crise, pendant qu' un autre dit
que ce n'est que le début .. faisant penser au bon Dr DIAFOIRUS du malade imaginaire..

Oubliant que l'économie est basée sur des comportements humains, par hypothèse irrationnels et qu'on ne peut modéliser l'irrationnel aussi imprévisible que les résultats du loto..

Alors un peu d'humilité messieurs les experts qui finalement n'en savent désormais pas plus  que n'importe qui dans la rue et qui ne pourront cacher plus longtemps leur ignorance par des formules mathématiques de plus en plus sophistiquées 

Alors oui, à l'heure ou nul ne peut plus se prétendre expert et ou personne ne sait plus rien et ou nous allons, nous sommes tous experts et  notre parole et nos idées valent bien celles des prétendus experts. 

 

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