la résilience, d'une bonne idée à une injonction
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la résilience, d'une bonne idée à une injonction

Par philtraverses - 27-03-2020 11:12:15 - 5 commentaires

Désolé pour ce billet lourd et dénué d'humour..

Finalement je supprime. 

Je cite siplement un article sur le lien suivant dont je partage certaines dées, certes un peu à contre courant de la doxa et de la pensée dominante actuelles qui veut que chacun soit un guerrier bien que ne s'étant pas engagé dans l'armée:

 http://www.environnement.ens.fr/IMG/pdf/0_ceres_2015_introductionresiliencesociale.pdf

"A priori, la résilience est positive, et un objectif vers lequel il faut tendre. Comment nier qu’il est positif d’être capable de réagir à un choc et de se reconstruire après celui-ci ? Pour autant, les sens que l’on peut donner à la résilience ne sont pas sans implications politiques, éthiques et pratiques. Lorsque l’on prône l’adaptation, prône-t-on une capacité (être adapté et réagir de manière appropriée) ou une propriété (être adaptable et modifier son comportement ou sa nature pour réagir) ? Derrière l’adaptation se cache l’idée selon laquelle les individus et les sociétés devraient être capables de réagir à tout (et ce faisant qu’on peut tout leur faire subir : par exemple, se faire licencier n’est plus un problème dès lors qu’on est adaptable).

"Lorsque la résilience devient une injonction à être adaptable et non vulnérable, elle s’inscrit en réalité dans une idéologie qui fait porter le coût des risques et des catastrophes sur les individus et non sur le collectif. De plus, l’injonction à la résilience peut conduire à une lecture moralisatrice des catastrophes : il y aurait alors des « bonnes » et des « mauvaises » victimes, les victimes résilientes, qui ne se laissent pas abattre et qui restent debout, et les autres.

Il s’agit de se souvenir que la résilience, étant un concept flou, est porteuse de nombreux implicites : à quoi est-on résilient ? quelle est la temporalité de la résilience ? est-on résilient a priori ou a posteriori (est-ce une propriété, ou plutôt un récit que l’on fait de la réaction à la catastrophe ?) ? Enfin, il s’agit de voir que la résilience peut ne rien changer (retour à l’identique, l’état d’équilibre) ou au contraire tout changer (penser le risque de manière systémique et voir la reconstruction comme un apprentissage)"

Un conseil donc si je peux me permettre, lachez prise et ne craignez pas d'exprimer votre desarroi auprès de personnes de confiance, si contrairement à moi vous en avez dans votre entourage. 

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5 commentaires

Commentaire de Le Lutin d'Ecouves posté le 27-03-2020 à 12:15:59

Je plussoie. Je me méfie de toute façon de ces concepts bourgeois à la mode. On se remet parfois des accidents de la vie et parfois non. Face au hasard, on fait ce qu'on peut.

Commentaire de CAPCAP posté le 28-03-2020 à 14:12:00

Le dévoiement du concept ne doit sans doute pas faire jeter le bébé avec l'eau du bain.
Étudier la résilience, comprendre les mécanismes que certains mettent plus ou moins naturellement en jeu pour résister ou rebondir après un incident, ça peut certainement donner des pistes pour d'autres qui n'auraient pas su développer ses outils par eux-mêmes.
Je fais certainement parti de la seconde catégorie, en voie, sans doute, de migration douce vers la première...
Des manageurs de toutes sortes ont toujours su dévoyer les concepts pour s'en servir à leur profit.
C'est comme l'histoire des sciences, ce n'est pas parce qu'on découvre la mécanique quantique qu'on va forcément faire la bombe atomique. Enfin là, je m'égare un peu. Mais ça fait de bien de s'égarer par temps de confinement...

Commentaire de Benman posté le 29-03-2020 à 10:41:39

Tres intéressante analyse. Effectivement, suivre un concept à la mode ne fera pas de nous des héros ou des résistants particuliers.
Cela dit, je préfère une notion beaucoup plus ancienne et très simple: l'optimisme.

Mon raisonnement est simple en situation compliquée: "en quoi la situation est une chance pour moi / pour les autres, en quoi je peux me dire que j'ai / on a de la chance".

A guetter ces petits bonheurs en permanence, on finit par beaucoup mieux vivre ces situations difficiles.
Il ne s'agit pas de sourire bêtement au milieu d'un champ jonché de cadavre en niant une réalité, il s'agit juste de se rappeler que si on ne fait pas partie des cadavres, c'est qu'on a sacrément de la chance...

J'avoue avoir perdu mon bel optimisme au début de la crise. La lecture de quelques articles qui dès le début mars prédisaient très exactement ce qui allait se passer tout au long du mois m'a mis par terre pas mal de temps.
Oui, j'ai flippé en regardant BFM et en lisant les horreurs de certains commentaires haineux sur Facebook et Twitter.
Et puis j'ai arrêté ou presque.

Et puis j'ai appris à redécouvrir quelques joies toutes simples: apprécier l'intelligence quasi permanente qui se dégage des échanges sur kikourou (nous sommes chanceux pour ça), cultiver la joie de passer du temps avec son conjoint et ses enfants (je suis chanceux pour ça), découvrir la joie d'habiter finalement à proximité d'une côte que je ne connaissais pas et qui peut me faire une chouette séance de fractionné tout en ne voyant strictement personne (je suis chanceux pour ça), découvrir aussi la simplicité du télétravail et la capacité à avoir des horaires qui me conviennent et une organisation plus souple, tout en étant plus efficace (je suis chanceux pour ça), la joie de lire et voir plein de choses très profondes car certaines personnes donnent le meilleur d'elles-mêmes en ce moment (dont ce billet que tu fais), me dire aussi que j'ai de la chance que les cas de covid autour de moi soient tous bénins pour le moment.

Alors oui, j'essaie d'être optimiste, cela m'aide à rester en bonne santé, et je m'en porte bien.
Suis-je résilient? Bof, je ne me force pas en tous cas.

Merci pour ce billet qui fait réfléchir.

Commentaire de Free Wheelin' Nat posté le 29-03-2020 à 15:54:53

Je suis d'accord avec tout ce qui a été écrit...
Benman a très bien exprimé ce que je m'efforce de cultiver au quotidien :j'ai toujours eu plus ou moins tendance à le faire, mais depuis quelques mois, ça s'accélère... La faute à la méditation?
Bref, je voulais parler de la gratitude! Ce "sentiment" (est-ce le bon terme?)aide considérablement à vivre mieux, avec soi même et avec les autres.
Pourtant je ne peux pas dire que certains "autres" (l'enfer d'après Sartre?)me rendent particulièrement optimiste, mais bon, à voir les pitreries assumées sur le net, je me dis que tant que l'être humain restera aussi joueur, rien n'est complètement perdu ...
Moi aussi je les guette, ces petits bonheurs , ces petits soleils qui ponctuellement illuminent ma vie personnelle et professionnelle (plutôt sombre celle là, l'humain qui y navigue me déçoit, mais à un point...)!
Et là oui, comme toi Benman, je me dis souvent que j'ai une satanée pu..n de chance.
Comme celle d'avoir été, d'une certaine manière, résiliente.
Si mes deux frangines se sont noyées dans leur vécu , moi et mon frère avons pu voir la petite lumière qui nous a permis de ne pas complètement sombrer .
La résilience se décline à mon sens sous plusieurs formes: si je n'ai pas bénéficié de celle qui m'aura permis de "réussir" dans la vie (de croire en moi),j'ai pu choper celle qui m'a permis de retrouver un jour l'envie de m'en sortir et de pouvoir capter tous les petites choses qui font que vraiment on peut être heureux pour pas grand chose .
Facile pour moi de relier la notion de résilience avec celle de la volonté , c'est comme ce qu'on peut dire de plus dévastateur à un déprimé: "allez il faut se bouger!" . On culpabilise d'être incapable de le faire, et on plonge.
La résilience c'est pareil,telle qu'elle est considérée actuellement: dépouiller quelqu'un de toute résilience, c'est le condamner à bien rester la tête sous l'eau, je suis entièrement d'accord sur ce point.
CAPCAP: non seulement on peut la trouver un jour mais en plus elle est contagieuse .Si mon frère ne m'avait pas un tant soit peu maintenul fenêre ouverte, je serais encore dans ma caverne.
Billet un peu lourd, si tu veux, Philtraverses ... Cela dit il en sort des réflexions qui me ravissent ( désolée si j'ai maladroitement exprimé les miennes) , donc pour ça ,merci .

Commentaire de philtraverses posté le 14-04-2020 à 13:07:04

Attention. Je ne veux pas que mon propos soit interprété comme un rejet de la résilience, c'est l'usage social qui en est fait. Etre résilient ou ne pas l'être est devenu un jugement de valeur. Si tu es résilient c'est une qualité, un défaut si tu ne l'es pas. Si tu veux vivre, tu n'as effectivement d'autres choix que de dépasser ton traumatisme et trouver d'autres modes de fonctionnement, une autre organisation de ton psychisme. Sinon, il reste la mort. Si tu veux mourir alors ne dépasse pas ton trauma. Vivre c'est résilier, sinon tu choisis la mort.

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