le déclin et la tentation du vide
Par philtraverses - 03-04-2022 10:43:17 - 3 commentaires
Puisqu'on en est dans le misérabilisme social allons y.
Sous forme de poème.
Le degré zéro de la pudeur.
Mon père est mort il y a un peu plus de deux mois,
juste avant Noël.
Grande douleur, qui a du mal à passer,
bêtement, d'une opération de la hanche,
qui a mal tourné. Dans une clinique de Toulon.
puis à l'hopital, où aucune réanimation,
n'a été tentée, sans que la famille,
soit consultée sur ses volontés..
Ferai je un procès?
J'ai compris alors combien je l'aimais.
J'ai dispersé ses cendres dans la sainte Baume,
je ne dirai pas où.
Il aimait tant ce lieu.
Je me souviens de lui, de son sourire, de son ironie.
J'aurai passé ma vie à essayer de me faire aimer par lui.
En vain.
Trop lucide pour être heureux.
En vain.
Je sais maintenant que j'ai échoué, à jamais.
puisqu'il a disparu. Comme on dit,
je n'ai pas les bases narcissiques,
pour accepter le déclin, insurmontable.
Ces bases narcissiques, que le père est censé donner.
Vous les gens heureux, bien pensants..,
ne comprenez pas, et me culpabilisez sans cesse,
encore plus.
en me disant que j'ai tout,
pour être heureux.
Quoi, tu as l'aisance matérielle,
un beau métier,
ton salaire est conséquent,
tu es père de deux beaux enfants,
qui t'aiment, disent t'il,
Gand père et bientôt encore grand père,
Oui, mais voilà, je suis un animal blessé,
je n'ai presque plus rien d'humain,
je ne me reconnais pas dans les autres,
mes semblables,
je me sens étranger, leurs préoccupations,
me sont étrangères,
j'ai l'impression que rien n'est vrai,
que tout est une vaste comédie,
car je n'ai pas les bases, le fondations,
et je n'ai pas rencontré,
celui ou celle, qui m'aurait réparé,
et mon père est mort et jamais je ne pourrai plus,
obtenir qu'il s'intéresse à moi.
34 ans à exercer un métier,
pour lequel je n'étais pas fait,
à réglrer les problèmes des autres,
alors que je suis incapable,
de régler les miens,
en vain.
Pour lui plaire et plaire aux autres, en vain..
45 ans de course à pied,
en vain..
Il est loin le temps où je faisais mes footings, à 15 km/h.
Maintenant je me traine à 12.
Le déclin est arrivé rapidement,
je n'ai pas, comme on dit, les bases narcissiques,
pour accepter ce déclin,
d'être bientôt un grand père, qui pousse,
la poussette de son petit fils
ou sa petite fille et s'en satisfait,
voire même, oh miracle, curieusement,
ce qui me parait incompréhensible,
eh oui, est heureux,
mais lui a les bases narcissiques,
lui a eu, certainement un père qui l'aimait,
s'intéressait à lui.;
Moi c'est fini, mon père a disparu,
et je n'ai que l'échec éternel,
de n'avoir pas su me faire aimer par lui,
d'avoir été le fils, qu'il voulait.
je n'ai jamais pu panser ces blessures,
comme ce jour où, au camping,
il préférait jouer avec les autres gamins du camping,
plutôt qu'avec moi, Alors, oui,
comment accepterais je le déclin,
insurmontable, qui guette tout le monde,
entre 60 et 80 ans,
le toboggan glissant, du temps qui passe,
avec la maigre consolation,
qu'un champion aura,
le même niveau que moi à 80 ans,
si j'arrive jusque là..
comment accepter la chute,
alors que j'ai échoué à être aimé, et, par conséquent,
moi qui ne me suis jamais aimé,
qui me hais même, car je ne suis pas aimable,
tentation de l'autodestruction,
d'abord sociale,
me terrer dans l'appartement à la retraite,
loin de tous,
me cacher, cacher cette abomination,
et, la haine,
de moi et des autres, qui chaque jour
se fait de plus en plus grande.
Je n'ai plus envie de guérir, me faire aider, non,
je suis lassé, usé, juste de ne plus être,
disparaitre, sans mourir, car je suis lache,
me terrer.
Billet précédent: sois positif et tais toi
3 commentaires
Commentaire de philkikou posté le 04-04-2022 à 13:11:54
Ce n’est plus du vague à l’âme, c’est un tsunami… Avoir le regret d’être passé à côté de son père je pense qu’on est plusieurs à avoir ce regret surtout avec les pères des années 60 qui pour certains bossaient à mi-temps ( 12h par jour) et qui était mal à l’aise dans les relations affectives avec leurs enfants… J’espère au moins que la nature dans les Pyrénées ou ailleurs pourra pour toi être un havre de paix et t’amener un peu de bienveillance envers toi-même
Commentaire de CAPCAP posté le 06-04-2022 à 20:19:21
Comme j'ai pu partager ces dernières lignes...
Pas aujourd'hui, alors j'en profite pour te souhaiter de l'apaisement, avant tout.
Serait-ce un double deuil que tu dois faire? Celui de ton père et celui de l'enfant aimé?
En même temps, s'il n'y a plus de père, il n'y a plus d'amour possible. Il pourrait rester le souvenir de l'amour. Cet amour pourrait être un enfermement avec des injonctions dites ou non-dites (je crois connaitre des gens dans ce cas)
Entrevoir que cela peut être liberté?
(j'espère ne pas dire trop de bêtises, même si c'est sincère...)
Chez moi, ces bases narcissiques manquantes sont certainement la cause de mon statut de célibataire chronique (même pas de coup d'un soir)
C'est accepter / renoncer qui m'aide quand je vais mieux. Accepter ce qui est raté. Renoncer à des rêves. Vivre ce que je suis, c'est tout. Et déjà pas mal.
Commentaire de valdes posté le 18-04-2022 à 18:27:15
Je me rappelle une scène.
02 janvier 2012
je monte dans le bus Pontorson Fougères et je vois mon petit papa et ma mère s'éloigner. Mon petit papa qui a passé 10 jours quasi enfermé dans la cheminée tellement il avait froid
La mort avant tout, c'est le froid qui vous saisit.
Et moi je savais alors même que les portes du bus se sont refermées sur eux et que je voyais à travers la fenêtre, ces deux petits personnages, dont mon papa, désormais si petit, si menu, si mince (il avait perdu genre 30 kilos), si miniscule, je savais qu'il allait mourir
Je le savais au plus profond de moi
Le savoir et de le voir ainsi si petit à travers la fenêtre d'un bus anonyme, j'ai pleuré. Toutes les larmes de mon corps. Je n'imagine même pas la scène maintenant avec cette imondice des masques que beaucoup ici sur kikous plussoient.
Aussi je ne peux que te dire que condoléance et pas plus.
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